Patrimoine de Jaligny et des alentours                

Gestion et Défense d'un Bénéfice Paroissial à la fin de l'Ancien Régime (1782-1783)

    À la veille de la Révolution française, la gestion d'une cure rurale dépasse largement le cadre spirituel pour s'apparenter à une véritable administration d'entreprise agricole. Les archives du curé Delageneste, curé par résignation de son oncle, nous plongent dans les rouages du prélèvement de la dîme. Entre l'évaluation des récoltes au champ, la transformation des grains et la défense des droits paroissiaux, ces documents révèlent la complexité du système seigneurial et décimal.
I                                                                                          La logistique de la dîme : du champ à la grange
     Le prélèvement de la dîme s'opère selon une chaîne technique rigoureuse, rythmée par des unités de mesure spécifiques à la région• L'unité de compte au champ : la gerbe : Contrairement aux idées reçues, la dîme n'est pas comptée en volume de grain immédiatement après la récolte, mais en gerbes. C’est cette unité qui permet de comptabiliser le prélèvement « sur le champ » avant le transport.

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LE DOMAINE DES VALLIERS

Les Valliers occupent une place particulière en raison de la qualité d’une partie importante de leur terroir composé de terres noires, profondes et fertiles.

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LA VIE RELIGIEUSE DE LA PAROISSE DE CHATELPERRON

    1. La ventilation directe des dons entre charité et liturgie
Les documents montrent que les sommes perçues par la paroisse sont souvent immédiatement réparties entre ces deux pôles. Par exemple, un don de 18 livres est ventilé entre l'aumône à quatre veuves (6 livres), le paiement de cierges pour une messe basse, et une aumône spécifique à la "veuve Guéret". Le reliquat de ces fonds, complété par d'autres sommes, est ensuite affecté à l'achat d'une chasuble rouge et d'une lampe ardente.    
    2. La gestion comptable de l'assistance sociale
Les registres tiennent une comptabilité précise des "aumônes" distribuées. Un état des dépenses liste des versements individuels à des membres de la communauté pour un total de 18 livres consacrées aux nécessiteux. Ces montants sont consignés avec la même rigueur que les dépenses pour l'entretien du bâtiment ou le mobilier liturgique.

LES REMÈDES DU CURE DELAGENESTE

 1780. Remède contre les maux de dents

 

Prenez la seconde peau du noyer sauvage une pincée avec une pincée prise aussi avec deux doigts, de même du poivre nouvellement moulu, et une gousse d'ail que vous coupez très menu. Vous pliez le tout ensemble dans un linge très fin, que vous mettez dans une cuillerée d'eau de vie, et faites consumer ladite eau de vie en mettant la cuillier sur une chandelle allumée, ou sur une lampe. Aussitôt que le feu aura consumé ladite eau de vie, mettez ce petit paquet sur la dent malade, mâchez fortement tant de temps que vous pourrez comme un quart d'heure si vous ne vous ennuyez pas de mâcher, sans craindre de vous brûler, parce que réellement cela ne brûle pas, et jamais plus la dent ne vous fera mal ».
Le remède contre les maux de dents de 1780 est un témoignage fascinant de la médecine domestique et empirique de la fin du XVIIIe siècle. Contrairement au remède de Châtelperron (1779) qui utilise des mesures d'apothicaire précises et des substances exotiques comme le quinquina, cette recette repose sur des ingrédients locaux et des mesures approximatives.
Voici une analyse détaillée de ce traitement :

1. Une pharmacopée domestique et symbolique
Le remède utilise des composants courants de l'époque :
• La « seconde peau du noyer sauvage » : On utilise ici le liber (partie interne de l'écorce). Le noyer est traditionnellement reconnu en phytothérapie pour ses propriétés astringentes et anti-inflammatoires dues aux tanins.
• L'ail et le poivre : Ces deux ingrédients sont des irritants puissants. L'ail est un antiseptique naturel connu, tandis que le poivre moulu agit comme un agent chauffant qui peut aider à détourner la sensation de douleur (effet contre-irritant).
• L'eau de vie : Elle sert de solvant pour extraire les principes actifs des plantes et possède des propriétés antiseptiques et analgésiques immédiates lorsqu'elle est appliquée sur la gencive.

2. Un mode de préparation quasi-alchimique
La préparation implique un rituel précis : il faut placer les ingrédients dans un « linge très fin » et faire « consumer » l'eau de vie dans une cuillère au-dessus d'une chandelle ou d'une lampe.
• Cette étape de combustion permet de chauffer le « petit paquet » de plantes, ce qui favorise la libération des huiles essentielles et des composés actifs tout en imprégnant le tissu de l'essence des ingrédients.

3. L'importance de la mastication
L'instruction la plus notable est de « mâcher fortement » le paquet sur la dent malade pendant environ un « quart d'heure ».
• Cette action mécanique force les sucs des plantes et l'alcool résiduel à pénétrer dans les tissus de la gencive et, potentiellement, dans la carie.
• L'auteur du texte anticipe la peur du patient en précisant que, malgré la chaleur de la flamme et la force des ingrédients, « réellement cela ne brûle pas ».

4. Une promesse d'efficacité absolue
Comme beaucoup de remèdes populaires de cette époque, le texte se termine par une affirmation définitive : « jamais plus la dent ne vous fera mal ». Cette assurance de guérison permanente est caractéristique d'une époque où les soins dentaires étaient rudimentaires et la douleur souvent insupportable, poussant les malades à placer une foi totale dans des recettes empiriques

1779 : Remède contre les fièvres (Châtelperron)

 

La fièvre quarte est une forme spécifique de malaria (ou paludisme), caractérisée par des accès de fièvre qui reviennent tous les quatre jours (soit toutes les 72 heures). Dans les sources fournies, elle est explicitement mentionnée comme la cible principale du remède de Châtelperron de 1779, qui vise « toutes sortes de fièvres et particulièrement la fièvre quarte ».:

• Le traitement par le quinquina : Le remède décrit contient une once de bon quinquina en poudre. Le quinquina (écorce d'un arbre d'Amérique du Sud) était, au XVIIIe siècle, le seul traitement efficace connu contre la malaria car il contient de la quinine. Sa présence dans la recette confirme que la « fièvre quarte » désignait bien ce que nous appelons aujourd'hui le paludisme.

« Châtelperron 1779. Remède contre toutes sortes de fièvres et particulièrement la fièvre quarte.
• Une once bon quinquina en poudre
• Un gros de rhubarbe bien choisie en poudre
• Un gros sel de petite centaurée
• Demy gros sel d'absynthe
• Demy gros tartre simple
• Une once et demye ou environ sirop d'absynthe.

Formez du tout une opiate [une pâte médicinale] que vous partagerez en cinq portions égales. Si la fièvre prend le matin, divisez une de ces portions en autant de petits bols pour que le malade les puisse avaler noyés dans du pain à chanter [hostie non consacrée utilisée pour envelopper les médicaments].

La posologie est la suivante :
1. La 1ère portion ainsi divisée se prendra un quart d'heure après l'accès.
2. La 2e le soir en se couchant après avoir soupé.
3. La 3e le matin à jeun.
4. La 4e en se couchant comme la seconde.
5. La 5e le matin à jeun.
Si au contraire la fièvre prend le soir, la 1ère portion se prendra un quart d'heure après la fièvre, la 2e le matin à jeun, etc., comme dessus. Ce remède purge fort doucement et peut sans aucun risque se donner à un enfant de 7 à 8 ans, même à une femme enceinte. Si la fièvre cessait à la 3e ou à la 4e portion, il faut néanmoins continuer ledit remède jusqu'à sa fin ».

• La notion d'accès : Le document mentionne que la première portion du remède doit être prise « un quart d'heure après l'accès ». Ces « accès » correspondent aux pics de fièvre brutaux et aux frissons caractéristiques de la malaria, provoqués par la libération des parasites dans le sang.
Une maladie endémique : Le fait que le remède puisse être administré à des enfants de 7 à 8 ans ou à des femmes enceintes suggère que cette maladie était très répandue dans la population de l'époque, y compris chez les personnes les plus vulnérables.

• Composition médicinale : Outre le quinquina, le remède utilise des plantes amères comme l'absinthe (sel et sirop) et la petite centaurée, ainsi que de la rhubarbe pour ses propriétés purgatives, car le mélange est censé « purger fort doucement » le malade.
Informations complémentaires : Le terme « quarte » vient du fait que l'on comptait le jour de l'accès comme le premier jour ; le deuxième et le troisième jour étaient sans fièvre, et le quatrième jour marquait le retour de l'accès. Elle est causée par le parasite Plasmodium malariae. À l'époque, on ignorait que la maladie était transmise par les moustiques, on pensait souvent qu'elle provenait du « mauvais air » (d'où le nom malaria) des zones marécageuses.

Qu'est-ce qu'une once et un gros ?
L'once et le gros sont des unités de mesure de masse anciennes, utilisées couramment dans la pharmacopée avant l'adoption du système métrique. On les retrouve principalement dans le document de 1779 concernant le remède contre les fièvres.
Voici les précisions sur ces mesures :
• L'once : Dans le remède de Châtelperron, on prescrit par exemple « une once de bon quinquina en poudre » ou encore « une once et demye » de sirop d'absinthe.
• Le gros : C'est une sous-unité de l'once. Le texte mentionne « un gros de rhubarbe », « un gros de sel de petite centaurée » et des fractions comme le « demy gros » pour le sel d'absinthe ou le tartre simple.
 Sous l'Ancien Régime en France (système dit « poids de marc »), ces unités avaient des équivalences précises que vous pourriez vouloir vérifier :
• Une once valait environ 30,59 grammes.
• Un gros représentait un huitième d'once, soit environ 3,82 grammes.

CHATELPERRON

Vues aériennes

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CHATELPERRONd'après "les fiefs du Bourbonnais"

En 1896, Aubert de la Faige et Roger de la Boutresse  ont publié  "les fiefs du Bourbonnais", ouvrage qui fait référence pour la connaissance de l'histoire des communes.  Voici l'introduction de la présentation de Châtelperron :

 

"Vers le Puy-Saint-Léon vient finir le chaînon granitique qui se détache à Châtelus  du massif forézien, et commence le dépôt des sables tertiaires de la vallée de la Loire, sous lequel apparaît parfois le terrain de transition. Peu de régions sont plus intéressantes au point de vue géologique et mériteraient davantage d'être étudiées : celle-ci, heureusement, l'est un peu depuis quelques années, et, après avoir satisfait leur curiosité au champ des Belles-Pierres ou vers les curieux affouillements calcaires de la grotte des Fées, les géologues en sont venus à se préoccuper des richesses minérales de ce petit coin de terre."

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Vue du cadastre napoléonien de 1832

 

Tympan de l'église

Le château de Chassimpierre

   Chassimpierre est le site d'une très ancienne seigneurie. Le château actuel date du 19ème siècle, belle demeure à la mode de l'époque, au centre d'un grand parc planté d'arbres magnifiques.

La propriété fut achetée en 1809 par Jean Baptiste Collas, fondateur de la lignée de la famille Collas de Châtelperron. Voici un diaporama composé de photos récentes et de 2 cartes postales anciennes.

Plus une présentation de l'histoire de Chassimpierre, extraite du livre les "Fiefs du Bourbonnais" publié en 1896 et complétée par le cadatre de 1932 et le recensement de Chassimpierre en 1896.

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LE PREHISTORAMA DE CHATELPERRON

Le Préhistorama est ouvert depuis le 19 mai, tous les jours, sauf le mardi. On peut consulter son nouveau site internet en cliquant sur le lien suivant                                              PREHISTORAMA

 

Ci-dessous la présentation du site de Châtelperron. Merci à Florence Pacaud.

 

Châtelperron fait de l’Allier un territoire préhistorique renommé et connu dans le monde entier grâce à la découverte en 1840 d’un abri baptisé « La Grotte des Fées » où s’installèrent il y a environ 33 000 ans des représentants des derniers hommes de Néandertal. 
Ce village du Val de Besbre a été choisi comme site éponyme par l’Abbé Henri Breuil en 1911 (préhistorien et premier archéologue à visiter et décrire les grottes de Lascaux en 1940) pour représenter une phase ancienne de l’Aurignacien définie à Aurignac, Haute-Garonne et datée d’environ - 40 000 à -28 000 ans.
Le site éponyme de Châtelperron est alors caractérisé par un outil appelé « pointe ou couteau de Châtelperron » élaboré par les derniers néandertaliens. C’est une lame dont l’un des bords est tranchant et l’autre, abattu par une retouche formant un dos. 
En 1955, la dénomination de la culture du « Châtelperronien » (- 38 000 à -30 000 ans) est adoptée. Elle correspond également à la transition entre le paléolithique moyen et le paléolithique supérieur en Europe coïncidant avec la disparition progressive des hommes de Néandertal et l’émergence d’Homo-Sapiens, premiers hommes modernes, lesquels sont associés à la culture aurignacienne définie à Aurignac.
En 2019, la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) représentée par le Service Régional d’Archéologie basé à Clermont-Ferrand, a décidé de relancer de nouvelles prospections sur le site de la Grotte des Fées, avec l’autorisation des propriétaires.


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Visite commentée de la "Grotte des fées".  Journées du Patrimoine 2020.

REMÈDE CONTRE LA RAGE DE DENTS

   Le curé de Châtelperron, l'abbé Louis Delageneste, en 1780, a laissé dans son registre paroissial, la recette d'un remède contre la rage de dents. A cette époque, il n'y avait pas, ou peu, de médecins dans les campagnes, et encore moins de dentiste.

    Voici la transcription du texte :

Prenez la seconde peau du noyer sauvage, une pincée, avec une pincée prise aussi avec deux doigts. De même, du poivre nouvellement moulu et une gousse d’ail que vous coupez très menu, vous pliez le tout ensemble dans un linge très fin, que vous mettez dans une cuillerée d’eau de vie et faites consumer ladite eau de vie en mettant la cuillère sur une chandelle allumée ou sur une lampe. Aussitôt que le feu aura consumé ladite eau de vie, mettez ce petit paquet sur la dent malade, mâchez fortement tout le temps que vous pourrez, comme un quart d’heure si vous ne vous ennuyez pas de mâcher, sans craindre de vous brûler parce que réellement ça ne brûle pas et jamais plus la dent ne vous sera mal.

 

La démographie à Châtelperron en 1780

A cette époque, la natalité et la mortalité s'équilibrent. Les naissances sont nombreuses mais la mortalité infantile est élevée : 73 baptêmes pour 74 sépultures au total, pendant 4 ans, de 1799 à 1782. Voir le relevé précis et les documents originaux dans le document joint :

Promenade du patrimoine à Châtelperron

   Au moins une centaine de personnes ont découvert le bourg de Châtelperron le dimanche matin 3 juillet pendant près de 3 heures. Beaucoup de sujets ont été évoqués avec des multiples anecdotes et objets qui ont permis de rendre cette visite très concrète. Explication de la structure des maisons à pans de bois, présentation de l'église, visite du château grâce à M. Mouscadet, évocation de la vie passée. Merci aux organisateurs et aux guides du jour : Gilbert Tain et Michel Valette.

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Mariage aux Boudards de Châtelperron en 1674-75

Ce jourdhuy dixhuitieme jour de fevrier mil six cent soixante et quinze jay curé soussigné admimistre le st sacrement de mariage a benoist Boudar et  a Jacqueline  Jardin....   Signé Deguet

    La synthèse démographique de la paroisse de Châtelperron sur la période 1779-1789 révèle une population au solde naturel légèrement positif, marquée par de fortes fluctuations annuelles de la mortalité et de la natalité.
    Natalité : Une tendance dynamique
Sur ces onze années, on enregistre un total de 240 baptêmes.                                                              Cliquer sur PDF pour le document entier
·    Le pic de natalité survient en 1783 avec 33 baptêmes.
·    À l'inverse, l'année 1779 présente le niveau le plus bas avec 17 baptêmes.
·    Il est intéressant de noter qu'en 1780, le curé considère que 18 baptêmes est déjà un chiffre élevé (« c'est beaucoup »), alors que ce total sera largement dépassé les années suivantes, notamment entre 1785 et 1787 où l'on compte entre 23 et 26 naissances par an.
·    Répartition par sexe : Sur les années où le détail est fourni, on observe souvent une prédominance des filles (notamment en 1784 avec 13 filles pour 6 garçons et en 1789 avec 15 filles pour 7 garçons).

La collecte de la dîme à Châtelperron 
par le curé Delageneste en 1783


    La dîme est collectée en nature au moment de la récolte e directement dans le champ. Le curé emploie donc du personnel pour cela car il gère lui-même sa cure. Il possède d’ailleurs des bœufs et des chars qui lui servent pour le transport. Il les utilise aussi pour rouler du bois de chauffage. Le curé Delageneste a utilisé quelques pages du registre paroissial pour garder une trace de son activité de gestionnaire.202

    Il constate ainsi que 1783 a été une bonne année car il a récolté au total 4421 gerbes, soit  475 gerbes de plus qu’en 1780, soit environ 10%..Il parle de gros grains, soit de céréales panifiables : 2003 gerbes de seigle et 2418 gerbes de froment (blé).

Il a aussi perçu de l’orge d’hiver et de l’orge de printemps, ainsi que des fèves. L’unité de mesure est alors la coupe, mesure du Donjon. Il n’est pas possible de transcrire la quantité de coupes collectée. On sait qu’une coupe est une unité de volume, aux environs de 13 litres

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 sur l'agriculture à Châtelperron

Diaporama-La-cure-agricole
19 Mo
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Gestion-de-la-dime-en-1783
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Gestion-de-la-dime-en-1783.pdf
Le-domaine-des-Valliers
450 ko
Le-domaine-des-Valliers.pdf
Synthese-demographique-1779-1789
120 ko
Synthese-demographique-1779-1789.pdf
Agriculture-Chatelperron-en-1783
420 ko
Agriculture-Chatelperron-en-1783.pdf