Sous la neige, Jaligny semble suspendu hors du temps.
Le château et l’église imposent leurs silhouettes verticales dans le ciel gris.
Les tours aux toits coniques et la flèche du clocher dessinent un paysage graphique.
La neige accentue les formes et transforme les pentes en triangles blancs parfaits.
La pierre ancienne et les murs crépis contrastent avec la blancheur immaculée.
Le givre souligne la rugosité des murs et la solidité des volumes.
Les détails architecturaux retiennent la neige et révèlent la structure des bâtiments.
Galeries, ferronneries et vieux puits gagnent une délicatesse nouvelle.
Les rues étroites et les murs d’enceinte créent une intimité protectrice.
La neige étouffe les sons et plonge le village dans un silence profond.
Les arbres dénudés tracent leurs lignes sombres sur le ciel uniforme.
Leurs branches enneigées dialoguent avec les murs de pierre.
Près de l’eau, la blancheur des berges contraste avec la surface sombre et lisse.
Les chemins disparaissent sous le manteau blanc.
Seules quelques traces rappellent une présence humaine discrète.
Les objets du quotidien deviennent des sculptures éphémères.
Bancs, pontons et puits se figent dans une immobilité parfaite.
Les toits du village se fondent dans l’horizon hivernal.
L’ensemble forme un paysage unifié, calme et épuré.
Jaligny devient alors une sphère de neige posée dans le silence.
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Poème blanc
Il neige derrière mes rideaux
où les ajours en dentelles
tamisent une pluie de flocons
la neige écrit en pointillé
son poème blanc
qui glisse dans cette transparence
où chaque note de silence
tire le fil de lumière
de la broderie de l’infini.
Françoise Urban-Menninger, 2025
Sainte Barbe, martyre chrétienne du 3ème siècle est souvent représentée avec une tour, symbole de son enfermement par son père. Elle est la patronne des mineurs et des pompiers. Sa foi inébranlable face à la persécution et sa protection contre la foudre en font une figure vénérée dans de nombreuses traditions.
Traditionnellement une messe de Ste-Barbe était célébrée chaque année en l'église de Jaligny en présence (ou en l'honneur) des sapeurs-pompiers de la commune. Depuis 2023 la messe n'a plus lieu, mais monsieur le curé se rend à la caserne pour bénir les camions et surtout l'ensemble du corps des sapeurs-pompiers.
« Sonnet d’automne » — Gérard de Nerval
Voici venir les temps où vibrant sur sa tige,
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Anna de Noailles – Automne
Tout ce que l’été fécond eut d’ardeur et de charmes,
L’automne le prolonge en un dernier éclat ;
Le soleil y descend comme un prince en ses armes,
Et meurt, superbe, au bord du lac
« L’automne » — Théophile Gautier
Oui, c’est l’heure où tout aime, où sans cesse on entend
Dans les bois, dans les champs, dans l’air pur et flottant,
Comme un hymne confus, la nature attendrie
Qui célèbre l’adieu du soleil et de la vie.
« Automne » — Alphonse de Lamartine
Salut ! bois couronnés d’un reste de verdure,
Feuillages jaunissants sur les gazons épars !
Salut, derniers beaux jours ! le deuil de la nature
Convient à la douleur et plaît à mes regards.
Victor Hugo – Automne (extrait des Contemplations, 1856)
L’aube est moins claire, l’air plus vif, l’automne est là ;
Le brouillard sur la plaine étend sa nappe froide,
Et, dans les bois jaunis, la feuille tombe et rôde
Comme un oiseau qui n’a plus d’aile ni de voix.
Le travail de la laine, dans la France rurale traditionnelle, est à la fois un art et un artisanat. Il a occupé une place centrale dans la vie quotidienne des campagnes jusqu’au XIXᵉ siècle, avant d’être en partie supplanté par l’industrie textile. Voici une présentation de ses différentes dimensions :
1. De la toison brute à la fibre préparée
Tonte des moutons : pratiquée au printemps ou au début de l’été, elle était souvent l’occasion d’un travail collectif. Les ciseaux de tonte étaient l’outil principal.
Lavage : la laine fraîchement tondue contenait de la sueur séchée (suint), de la poussière et de la graisse. Elle était lavée dans les rivières ou les lavoirs, parfois avec de la cendre de bois ou du savon artisanal.
Cardage : une opération destinée à démêler et aérer les fibres, réalisée à l’aide de grandes planches garnies de pointes métalliques. Elle préparait la laine au filage.
2. Le filage
Le fuseau : dans les foyers modestes, les femmes filaient au fuseau, parfois en gardant les troupeaux.
La quenouille : permettait de tenir la laine et d’alimenter le fuseau.
Le rouet : plus rapide, il devint courant à partir du XVIIIᵉ siècle.
→ Le filage était une tâche essentiellement féminine, souvent pratiquée le soir autour du feu.
3. Le tissage
Métiers à tisser : présents dans de nombreux foyers paysans ou chez les artisans tisserands, ils permettaient de fabriquer draps, couvertures, étoffes.
Dans certaines régions, la production domestique dépassait le cadre familial et alimentait les marchés locaux.
Le tissage exigeait un savoir-faire précis : choix des fils, réglage de la tension, maîtrise des motifs.
4. Teinture et finitions
Teintures naturelles : extraites de plantes (garance pour le rouge, pastel pour le bleu, gaude pour le jaune), de minéraux ou d’insectes (cochenille).
Foulonnage : opération consistant à assouplir et resserrer le tissu en le piétinant dans l’eau ou en l’envoyant au foulon (atelier spécialisé).
Confection : enfin, les étoffes servaient à fabriquer vêtements (chemises, capes, bonnets), couvertures, tapisseries.
5. Dimension artistique et symbolique
Le savoir-faire artisanal se doublait souvent d’une expression esthétique :
motifs tissés ou brodés, propres à une région ou à une communauté,
couvertures colorées de Béarn ou d’Auvergne,
vêtements de fêtes ornés de broderies de laine.
La laine servait aussi à créer des objets d’art populaire : tapisseries murales, tapis de prière, figurines en laine cardée.
Dans certaines régions (Aubusson, Creuse), l’art du tissage de la laine est devenu une véritable école artistique (tapisseries mondialement réputées).
6. Vie rurale et transmission
Le travail de la laine structurait la vie quotidienne et saisonnière : on filait en hiver, on tondait au printemps, on tissait tout au long de l’année.
Il mobilisait souvent toute la famille : les hommes au métier, les femmes au rouet, les enfants au cardage.
C’était aussi un lien social : veillées de filage, ateliers communaux, entraide lors de la tonte.
Monsieur Thomas PACAUD, fidèle lecteur du site internet, nous a fait parvenir la plaque émaillée commémorative du décès de son grand-oncle le 25 mai 1915. Cette plaque, en excellent état, est représentative de ce que les familles souhaitaient à cette époque.
L’émail, déjà utilisé au XIXᵉ siècle pour la signalétique (enseignes, plaques de rues, publicités), s’impose comme matériau durable, résistant aux intempéries et à la corrosion.
Des artisans et usines spécialisés (souvent dans l’Est de la France, comme à Nancy ou dans le Jura) sont sollicités pour produire des plaques destinées aux tombes militaires.
Ces plaques émaillées apparaissent progressivement à partir de 1915-1916, souvent fournies par les familles ou associations patriotiques, et non par l’armée elle-même.
Format : généralement rectangulaire ou ovale, parfois en forme de cœur.
Contenu : nom, prénom, grade, régiment, date de décès, parfois photographie du soldat (intégrée sous émail).
Décor : motifs patriotiques (drapeaux, croix de guerre, palmes, coq gaulois), religieux (croix latine, Sacré-Cœur), ou simplement floraux.
Couleurs : bleu, blanc, rouge dominent, mais on trouve aussi du noir ou du vert.
Les plaques émaillées sont le plus souvent des initiatives familiales ou locales, envoyées par les proches pour orner la tombe individuelle d’un soldat identifié.
Certaines communes ont fait réaliser des séries homogènes de plaques émaillées pour leurs enfants morts au front, à placer dans les cimetières militaires ou sur les monuments.
**Jean Zay (1904-1944)** fut un homme politique, avocat et résistant français. Né à Orléans dans une famille républicaine et laïque, il devint avocat après des études de droit. Élu député du Loiret en 1932 sous l'étiquette radical-socialiste, il se distingua par son éloquence et sa modernité. Ministre de l'Éducation nationale et des Beaux-Arts de 1936 à 1939 sous le Front populaire, il prolongea la scolarité obligatoire à 14 ans et réforma l’enseignement pour le rendre plus accessible. Il initia également la création du Festival de Cannes et modernisa les institutions culturelles françaises.
Mobilisé en 1939, il fut injustement accusé de trahison par le régime de Vichy en 1940 et emprisonné. Résistant dans l’âme, il fut assassiné par la Milice en 1944. Jean Zay reste une figure emblématique de la République, incarnant la lutte pour la justice, l’éducation et la culture.
Depuis le 27 mai 2015, sa dépouille repose au Panthéon.
Photos des classes de la scolarité prolongée de l'année scolaire 1938-1939. Classe de garçons avec Pierre Labonne et la classe de filles, dite "classe ménagère" avec Fernande Labonne.
Une chronologie simplifiée :
- avril mai 36 : élection du Front Populaire
- 4 juin 36 : formation du gouvernement de Léon Blum. Jean Zay a appris sa nomination le jour même par téléphone.
- 9 août 36 : promulgation de la loi sur la prolongation de la scolarité à 14 ans
- 19 novembre 36 : présentation au conseil municipal de Jaligny du projet de création de classes de scolarité prolongée
- 21 janvier 39 : réunion du conseil municipal pour la présentation des comptes définitifs après la réception définitive des travaux.
Conclusion simple : en 2 ans (1937 et 1938) Jaligny a acheté la propriété dite de l'hôpital, a aménagé le parc qui est devenu aujourd’hui l'emplacement des chalets de la Besbre, a fait des travaux d'aménagements intérieurs pour obtenir 2 classes, un logement de fonction, une cantine, des ateliers pour les garçons et les filles.
Mais ce n'est pas tout : la municipalité a construit des bains douches dont elle fixe les prix et les horaires d'ouverture dans la réunion du conseil du 18 mars 39 et elle a aménagé le terrain de football avec un terrain de basket-ball attenant. Elle prévoit une fête sportive en avril 39 dont la date sera fixée en fonction des disponibilités du préfet.
Comme le montre les photos de classe de l'année scolaire 1938-39, les effectifs sont réduits : 16 élèves pour 2 classes. Ce phénomène va s’accentuer en 1941 avec seulement 7 élèves au total. Le conseil municipal demande alors une réorganisation de la scolarité. L'inspection académique fait alors la proposition de réduire la scolarité prolongée à une seule classe mais de créer une classe de préparation à l'entrée au cours complémentaire et une classe enfantine car les effectifs sont suffisants. La classe enfantine est effectivement créée à la rentrée 1941.
Bains douches juste avant la construction du gymnase actuel.
Ancien portique pour le grimper de corde
Henri Tillié est né en 1879 et il est décédé en 1958. Il habitait en bas de la rue de la Couzenotte, en 1936, avec son fils Georges (1906-1987). Ils étaient négociants en vin à l'emplacement de l'actuel centre social rural. Henri Tillié avait terminé la grande guerre avec le grade de capitaine et avait été récompensé de sa bravoure par la légion d'honneur.
Ce fut un maire constructeur puisqu'on doit à son conseil municipal la réalisation de l'ensemble "mairie - salle des fêtes - poste en 1930 puis l'achat en 1937 de la propriété dite de l'hôpital pour en faire l'école de scolarité prolongée. Pendant ses mandats, le marché couvert fut agrandi en 1933. La commune adhéra au syndicat intercommunal pour l'électrification des campagnes. Le champ de foire fut agrandi et le conseil s'attacha à promouvoir les foires de Jaligny. Il n'hésita pas à prendre des risques financiers par des emprunts importants pour financer toutes les réalisations.
Photo du bas de la rue de la Couzenotte. On aperçoit, en bas à gauche, un homme avec des tonneaux qu'il sort de la cave de l'actuel centre social. Cette cave sert actuellement de lieu de stockage pour "Mine de riens"
Eudoxie Cutxan a 37 ans en 1913. Elle est la fille aînée d’Othon Cutxan, juge de paix à Jaligny. En 1913, elle est institutrice à Berlin. Elle se marie à Jaligny en mars 1918 et elle est dite alors « femme de lettres ».
A l’automne 1913, elle s’est passionnée comme au moins 500000 berlinois pour les exploits d’un aviateur français de 24 ans, Alphonse Pégoud, un as de la voltige aérienne qui fut le premier à réaliser une boucle (ou looping) avec son avion. Eudoxie fait la connaissance de Pégoud qui lui promet de revenir au printemps 1914 pour la faire monter dans son avion. Promesse tenue car, entre temps, Pégoud a acquis un avion biplace. C’est ainsi qu’Eudoxie Cutxan est devenue la première femme à vivre une boucle aérienne. Le 21 novembre 1915, elle publie les souvenirs du bonheur immense qu’elle a éprouvé pour rendre hommage à Alphonse Pégoud qui est mort en combat aérien le 30 août 1915. Pégoud venait de recevoir la légion d’honneur. Il eut droit à des funérailles solennelles à Paris et fut enterré au cimetière Montparnasse.
Les Annales politiques et littéraires est une revue française créée en 1883. Elle est constituée de textes signés de noms prestigieux du milieu littéraire. Cette revue connaît rapidement un franc succès, notamment auprès de la bourgeoisie de province. En 1917, elle tirait à près de deux cent mille exemplaires
Voici un extrait du texte signé Eudoxie Pégoud.
« L’appareil s’envole, le rêve se réalise, la réalité est un rêve intensément vécu. La terre m’apparaît comme un jardin enchanté. On vole, on grimpe tantôt sur une aile tantôt sur l’autre. A quand la boucle ? C’est délicieux, c’est divin, Bravo Pégoud ! Puis nous bouclons la boucle une fois, deux fois, trois fois et quatre fois de suite. J’étais enivrée, exaltée, transfigurée ! »
Pour lire l'ensemble des souvenirs d'Eudoxie Cutxan avec Alphonse Pégoud, il suffit de cliquer sur le bouton :
En France, la justice de paix était un tribunal de première instance qui existait sous l'Ancien Régime et dans les premiers temps de la République. Toutefois, le terme "justice de paix" fait désormais référence à des tribunaux d'instance ou à des fonctions spécifiques dans l'organisation judiciaire actuelle.
Historiquement, la justice de paix était un tribunal chargé de régler les petits litiges, souvent de nature civile et commerciale, mais aussi certains conflits familiaux, comme les affaires de tutelle ou de divorce. Son rôle était de permettre une justice plus accessible, rapide et simple, souvent sans intervention d'avocats, et elle avait aussi une fonction de médiation. Il y avait un juge de paix par canton.
La salle de justice de paix existe toujours dans les locaux de l’ancienne mairie, au-dessus de la salle de mémoire. Lorsque la justice de paix a été supprimée en 1959, cette salle est devenue un lieu de réunion pour les associations jalignoises.
Le juge de paix pouvait être assisté d’un huissier et d’un greffier. Il n’y avait pas d’avocat. Sur la photo prise avant 1923, on voit le juge de paix Thimothée Othon Cutxan au centre de la photo. Il est resté 28 ans juge de paix à Jaligny. Il avait pris son poste en 1895 jusqu’à sa mise à la retraite, atteint par la limite d’âge à 75 ans. A gauche, un huissier et, à droite de la photo, le greffier. Les deux personnes au premier plan viennent exposer leur cause.
Othon Cutxan était né dans le Lot et Garonne et avait eu, avant de s’installer à Jaligny, une carrière de notaire à Lantriac, commune à 15 kms du Puy en Velay. Il y a été maire de 1878 à mai 1888. Il a eu 4 enfants. Son seul fils est mort au combat au début de la guerre.
Les documents manquent pour l’instant pour parler de son action et de sa personnalité. Il aurait eu un aspect physique remarquable car d’une taille bien inférieure à la moyenne.
Ci-dessus, le recensement de Jaligny en 1901 : Othon Cutxan y figure avec son épouse et deux de ses enfants.
Encart dans le journal officiel de la République française : 28 ans 1 mois et 17 jours comme juge de paix et une pension de retraite de 3932 francs.