Patrimoine de Jaligny et des alentours                

QUITTANCE DE 1542

Voici la transcription fidèle, suivie d'une version en français moderne pour faciliter la lecture.

Gilbert Melin pbre [prêtre] pour et auno[m] de Claude Melin mo[n] nepveu curé de Marseignes confesse avoir receu de Pierre du Puys argent six deniers froment deux coppes avoine deux Res [?] sur ce qu’il peut debvoir pour la pnte [présente] année et de toutes les autres precedentes Le tiens quitte et les siens tesmoing mon seing manuel cy mis le xxe de mars mil cinq cens quarante deux avant Pasques.
G. Melin


Traduction en français moderne
Gilbert Melin, prêtre, agissant pour et au nom de Claude Melin, mon neveu, curé de Marseignes, confesse avoir reçu de Pierre du Puys : de l'argent, six deniers, du froment, deux coupes d'avoine [et] deux rases [mesures], sur ce qu’il peut devoir pour la présente année et pour toutes les années précédentes. Je le tiens quitte, lui et les siens. En témoin de quoi j'ai apposé mon seing manuel [ma signature] ce 20 mars 1542, avant Pâques.
Quelques précisions historiques :
·    Le calendrier : La mention "avant Pâques" est cruciale. À cette époque, dans de nombreuses régions de France, l'année commençait à Pâques et non le 1er janvier (réforme de Charles IX en 1564). Pour nous, ce document date donc techniquement de 1543.
·    L'argent : Le denier était une petite monnaie de cuivre ou de billon. Six deniers représentaient une somme modeste, complétée ici par un paiement en nature (grains).
C'est un témoignage très direct de la gestion des revenus ecclésiastiques (les dîmes ou cens) au XVIe siècle. 

Confrérie du saint Scapulaire 1643 à Jaligny

La Confrérie de sainct Scapulaire dédiée à la glorieuse Vierge Marie mère de Dieu instituée de l'authorité de Monseigneur Révérendissime Evesque de Clermont M[aîtr]e Joachim Estaing  Le samedy douzième Juillet mil six cent trente six En l'église paroissiale de Jaligny en l'autel de N[ost]re Dame du mont Carmel grace à la réquisition des habitants dud[it] lieu Ledit Seigneur Evesque faisant la visite a commencé ce premier dimanche treizième d'aoust en la susditte année et le tout enrolé au Catalogue.

 

·    Joachim d'Estaing : Évêque de Clermont de 1614 à 1650, il est une figure majeure de la Contre-Réforme en Auvergne, ayant favorisé l'implantation de nombreuses confréries et la restauration des églises locales.
Voici la transcription de cette première page de suite du registre de la Confrérie du Saint Scapulaire. Ce document liste les membres fondateurs ou souscripteurs de la confrérie à Jaligny.

 

De ladite Confrérie Les soubsnommés premièrement prieur  François Marie de Lyon capucin  / père Jean baptiste de Moulins 20 sols - M[essir]e Claude Desnaulx prêtre curé dudit lieu directeur de la confrérie  / M[aîtr]e Pierre Collaud prêtre20 sols - M[aîtr]e Paul de fardes sousprieur20 sols - M[aîtr]e Jean milier protecteur /  M[aîtr]e Claude Beraud procureur d’off[ic]e de la chât[ellenie] de Jaligny - M[essir]e Chastellier - M[essir]e Anthoine Beraud /  M[essir]e François de Labrosse / M[essir]e Jean Jollet  / Noble Pierre Chambel bailli de Jaligny 4 sols - Noble Jacques Lefebur capitaine du chasteaux de Jaligny


·    Le rôle des religieux : La confrérie est soutenue par les Capucins, notamment le frère François Marie de Lyon, venus prêcher et encadrer la dévotion.
·    Le clergé local : Le curé de Jaligny, Claude Desnaulx, est mentionné comme directeur. Il est entouré de plusieurs autres prêtres (M[essir]e Pierre Collaud, Paul de Fardes).
·    Les notables et officiers : On y trouve l'élite judiciaire et militaire de la châtellenie de Jaligny :
o    Le bailli royal ou seigneurial (Noble Pierre Chambel).
o    Le capitaine du château (Noble Jacques Lefebur), qui commande la garnison ou la place forte.
Les sommes indiquées (20 sols, 4 sols) correspondent aux cotisations ou aumônes versées par les membres pour financer la confrérie

SYNTHÈSE DES REGISTRES PAROISSIAUX A JALIGNY DE 1646 à 1709


L'analyse des registres, bien qu'incomplète et principalement axée sur les baptêmes, révèle une communauté rurale fortement hiérarchisée, typique de l'Ancien Régime en Bourbonnais. 


1. La Haute Noblesse et le pouvoir provincial
La paroisse est marquée par la présence de figures de premier plan de la noblesse d'épée et de la gouvernance royale :
·    Les représentants de la Couronne : On y croise Madame Suzanne de Longaunay, comtesse de Saint-Géran et gouvernante du Pays de Bourbonnais, marraine en 1655 , ainsi que Messire Éléodor Clément Guillot de la Mothe, seigneur comte de Jaligny, colonel d'infanterie et lieutenant pour le Roi en Bourbonnais . 
2. Les seigneurs de fiefs locaux
Une aristocratie locale possède les terres et les principaux domaines, exerçant des fonctions militaires ou de justice seigneuriale :
·    La famille de Fradel : Établie au château du Lonzat, elle est omniprésente. Ses membres portent les titres d'écuyer, de capitaine et de châtelain de Chaveroche. 
·    Les autres familles seigneuriales : Les familles Brirot (seigneurs de Tilly, Crachet) , de Finance (seigneurs de Clairbois) , des Escures (seigneurs de Beaumanoir, Éscures) et de Charry (seigneurs des Gouttes et de Châtelperron) se partagent l'influence locale et servent régulièrement de parrains ou marraines. L'inhumation de Mademoiselle Michelle Brirot du Lonzat directement dans le chœur de l'église en 1709 illustre ce statut privilégié. 
3. La bourgeoisie d'office et de robe
Entre la noblesse et le peuple, une bourgeoisie influente gère l'administration civile et judiciaire de la région :
·    Elle est composée d'avocats au Parlement (Claude Josse, Charles Brirot) , de baillis (Maître Jean Lefebure, bailli de Jaligny ; Maître Toussaint Brirot, bailli de Châtelperron) , de procureurs et de notaires (Jollet). Certains marchands aisés sont également qualifiés de « bourgeois de Jaligny » (famille Jemois). 
4. Le monde rural et artisanal
Au bas de l'échelle sociale se trouve la population laborieuse, dont la subordination se marque souvent par l'illettrisme (les actes précisent régulièrement qu'ils ne savent pas signer): 
·    Les artisans et commerçants du bourg : Sont mentionnés des maîtres cordonniers (Martherat) , des maîtres tailleurs d'habits ou des marchands bouchers (Alaix). 
·    Les travailleurs de la terre : La vie rurale s'organise autour des meuniers (moulins de Jaligny et Charier) et d'une importante main-d'œuvre agricole, qualifiée de laboureurs ou de métayers, exploitant les grands domaines de la région (Reclaine, Paillot, Quittons, Matherat ou les terres mêmes du Lonzat). 

ETUDE DE LA MORTALITE AU MILIEU DU 19ème SIECLE à JALIGNY

                                                          Le volume total de décès enregistrés au cours de l'année s'élève à 40 individus.


    1. Répartition par grandes tranches d'âge
L'analyse met en lumière la structure démographique et sanitaire classique du milieu du XIXe siècle, caractérisée par une forte mortalité infantile et une part importante de vieillards :
·    Petite enfance (0 à 5 ans) : 9 décès (22,5 % du total)
o    Enfants décédés avant la déclaration de naissance : 3 (2 garçons, 1 fille).
o    Moins de 3 mois : 2 enfants.
o    De 3 mois à 5 ans : 4 enfants.
·    Jeunes et Adultes (5 à 60 ans) : 18 décès (45 % du total)
o    Cette tranche montre une répartition assez diffuse, mais on note une concentration de décès de jeunes femmes adultes (notamment entre 20 et 45 ans), souvent liée aux risques des accouchements à cette époque.
·    Aînés et Vieillards (Plus de 60 ans) : 13 décès (32,5 % du total)
o    La commune comptait une part notable de personnes atteignant un âge avancé pour l'époque : 4 personnes sont décédées entre 75 et 85 ans, et 1 personne a atteint la tranche des 90 à 95 ans (un homme veuf/célibataire en août).
    2. Analyse de la saisonnalité (Quand mourait-on en 1849 ?)
La répartition mensuelle des 40 décès montre des pics très nets liés aux rigueurs climatiques et aux maladies saisonnières :
Période / Saison    Nombre de décès    Observations
Hiver / Début de printemps (Février - Mars)    11 décès    Pic annuel majeur en Février (7 décès). Les pathologies respiratoires hivernales touchaient alors durement les nourrissons et les personnes fragiles.
Printemps / Été (Avril à Août)    14 décès    Mortalité stable, culminant légèrement en Juillet (4 décès) et Août (3 décès), souvent liée aux maladies hydriques (dysenterie, typhoïde) ou aux travaux de force agraires.
Automne / Début d'hiver (Septembre à Décembre)    15 décès    Une recrudescence est visible sur la fin d'année : Octobre (4 décès), Novembre (4 décès) et Décembre (4 décès).
     3. Répartition selon le sexe et le statut matrimonial
Sur les deux pages du registre, une distinction fine est faite selon le genre et la situation civile des défunts :
·    Chez les enfants et célibataires : Une proportion importante de jeunes filles (notamment dans les tranches de 1 à 25 ans).
·    Chez les adultes : On observe une forte représentation des veuves et des veufs dans la seconde partie du tableau (60 ans et plus), ce qui témoigne de l'isolement ou de la vulnérabilité des conjoints survivants à des âges avancés.

DES EVENEMENTS A MARSEIGNE AU XVIIème SIÈCLE

Baptême de la cloche de Marseigne  9 novembre 1604


« Le neufviesme Jour de novembre 1604 . la cloche neufve de cette paroisse de Marseigne a esté baptisée par Honorable et discrette personne M.re Antoine chamoux Prieur Commendataire du Prieuré du moustier son parrin Claude de la Guiche fils d'haut et puissant Seigneur Monseigneur de St Gerand, La marraine Perone de la Guiche prieure dudit prieuré de Marseigne . /. Et led[it] Jour 9.e de novembre 1604 ledit Sieur chamoux baptiza Perone fille à Jean forest et à Claude Bernard sa mere fust son parrin Monsieur St Gerand ses marreines lad[ite] Peronne de la Guiche et Suzanne de Guain fille à monsieur de livara

 

 signé a devernous ainsy est escrit sur un vieux livre de parchemin de plain-chant — Gabet curé de marseigne »

 

AUTRES TEXTES

Grêle dévastatrice de 1619

   

« L’an 1619 le samedi auparavant la St Jean baptiste entour le midy il fist de la gresle sy extrème qui tomba du ciel quelle gasta grandement les bledz et fruits de la terre en beaucoup d’environ, Et fait on estat qu’elle a battu le nombre de deux mille paroisses et dire on fait estat quil tomba des pierres d’auprez la ville de bourbon et l’espand de deux lieues autour qui estoient communement grosses comme le ventre d’une pinte . a esté estimé quelle a gasté les eglises & maisons de plus de cinq mil escuz, et de tel temps le Dieu tout puissant veulle nous preserver & garder faict et redigé par escrit par moy soubsigné Thevenet . »

Chute et  reconstruction du clocher de Marseigne en 1623


      En l’année 1623, le clocher d’icelle église est tombé et estoit beau et grand comme celui de Jaligny, il a esté abattu par la tempeste et rebati en campanile en la manière qu’il est par R. Dame Pérone de la Guiche prieure de marseigne et autres personnes signé Feullon ainsi est écrit contre un pilier de l’église en entrant.
Gabet

Incendie des moulins de Marseigne en 1675

 

« Le Dimanche avant la feste de St Martin du mois de Novembre 1675. les moulins de Marseigne ont esté entierement Bruslez on ne scait par qui. Gabet »

Fortes gelées en mai 1676


    « Au mois de may 1676 Environ la feste St George estoit grand Bruit de Sorciers a gelé trois ou quatre jours suivants tellement que les bleds et vignes sont esté gastées mais les noyers ont esté Entierement Gelez . Gabet curé de marseigne »

CLIMAT ET RECOLTES AU 17ème et 18ème SIECLES EN FRANCE

Voici un aperçu des travaux d'Emmanuel Le Roy Ladurie 
Introduction : Subsistances, écologie et climat


À l’époque moderne, les variations météorologiques exercent une influence décisive et dramatique sur l'économie et le niveau de vie des masses laborieuses. L'auteur démontre qu'une histoire scientifique du climat ne peut s'appuyer sur des événements isolés, mais doit croiser trois grandes séries de données continues : la série glaciologique (les mouvements des glaciers), la série phénologique (les dates de vendanges) et la série météorologique directe (à partir du XVIIIe siècle).